Enjeux acoustiques et sonores à l’ère du bas carbone et de la transition énergétique

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1 - Acoustique et construction bois

Amenées principalement par les enjeux de développement durable, de bas carbone et sociétal, les constructions bois se multiplient dans la conception de programmes neufs et de rénovation quelles que soient les destinations (logement, bureau, hôtelleries, culturel). D’un point de vue acoustique, ces nouveaux complexes dans le paysage français de la construction amènent des questions liées :

  • Au comportement acoustique de ces complexes (sensiblement différent des complexes bien plus massifs comme le béton) ;
  • Aux faisabilités techniques de certains partis pris architecturaux tels que la volonté de conserver le plancher bois apparent ou des immeubles de grandes hauteurs ;
  • Au confort lié à la sonorité des bâtiments bois différente de celle des maçonnerie lourde comme le béton.

Le métier d’acousticien dans le bâtiment repose, entre autres, sur la vérification in situ de la performance acoustique finalement atteinte, via des essais normés. Ainsi la réussite du projet dépend de l’enchainement de deux critères techniques : d’abord la performance finale qui permet d’atteindre les objectifs fixés lors de la conception (à minima les exigences réglementaires, label de certification, cahier des charges), ensuite la cohérence entre la performance calculée lors des phases de conception et la performance mesurée après construction. L’enjeux étant de rendre les espaces sonores conformes aux attentes des utilisateurs et d’ajouter une forte valeur ajoutée au patrimoine immobilier.

Une tour en bois de 350 mètres, est-ce bien raisonnable ? - Le Figaro Immobilier - 21/02/2018 -
Logement avec plancher bois apparent (réceptionné en 2019 et atteinte des exigences réglementaires)

A l’heure actuelle, le seul document faisant foi en France dans la conception acoustique bois est l’étude Acoubois réalisée par le CSTB[1] qui propose des solutions adaptées aux logements. Enfin, des colloques ou groupes de travail, comme l’association AdivBOIS, orientés sur le sujet, visent à partager des résultats in situ ou en laboratoire sur des essais très spécifiques (par exemple, la faisabilité des séparatifs filants entre espace). Au-delà de l’information technique pure, des thèses ou groupes de recherche européens ont déjà permis d’identifier le point sensible de la conception acoustique bois : le comportement des parois séparatives dans les basses fréquences. Il est a priori d’usage commun de s’intéresser en détail à ces comportements basses fréquences dans toute conception.

La connaissance accessible oriente presque systématiquement la conception acoustique bois vers un surdimensionnement (assurant sans risque le respect des objectifs les plus exigeants) à défaut d’une conception absolue, qui permet de dimensionner chaque séparatif pour chaque programme ou usage. Cela entraîne des conséquences à savoir :

  • Des épaisseurs de paroi séparatives plus grande et donc une perte de surface d’exploitation ;
  • Un nombre d’étage plus restreint qu’avec un système constructif en maçonnerie traditionnel et des conséquences vis-à-vis des limites de hauteur imposés par les PLU ;

En l’absence de modèle prédictif fiable, seuls les retours d’expériences permettent de statuer sur la faisabilité de mise en œuvre de séparatifs encore non testés en laboratoire.

Le bruit et les dimensionnements acoustiques pour s’en protéger sont des sujets complexes, et paradoxalement les sujets d’ordre sonore ont du mal à se faire entendre alors même que cela devient un enjeu stratégique vis-à-vis des utilisateurs.

2 - Un constat sonore

Pour une bonne partie de la population, la comparaison de l’ambiance sonore entre avant et pendant le confinement a marqué les esprits. Un changement significatif de la perception du bruit se fait sentir et une prise de conscience s’est établit. Beaucoup ont réalisé l’importance d’une ville silencieuse et le choix d’opter pour des espaces de vie calme apparait de manière encore plus marquée comme un besoin à forte valeur ajoutée pour préserver sa santé et bénéficier d’une qualité de vie minimale. Les espaces se recentrent sur l’Humain et son bien-être est au cœur des réflexions.

La concentration urbaine entraîne le bruit, c’est inévitable et les enquêtes placent le bruit en tête des problèmes dont se plaignent les français :

  • Près de la moitié (40 à 50 %) disent être gênés par le bruit, y voient un risque pour la santé, et estiment que la situation du bruit en ville s’est détériorée ces dernières années ;
  • Une très grande majorité (90 %) considèrent le bruit comme une nuisance rédhibitoire à la définition de leur logement idéal ;
  • 60 % des français sont perturbés par le bruit sur le lieu de travail selon une étude Malakoff Médéric.

 

En plus de ces chiffres, la perte annuelle due à la mauvaise qualité sonore des bâtiments existants procurant une exposition au bruit trop importante est estimée à plus de 57 milliards d’euros par an en termes de frais de santé, absentéisme, diminution de la productivité, retards scolaires, etc. Un autre constat s’établit : un acousticien n’est souvent sollicité qu’en dernier recours, et parfois seulement lorsque l’utilisateur se plaint à plusieurs reprises. Il est important de prendre en compte les aspects acoustiques dans la phase de conception initiale de tout type d’opérations pour être acteur de cette prise de conscience, étroitement liée à l’empreinte sonore urbaine de nos espaces de vie.

3 - La réglementation logement : une réflexion à poursuivre

L’empreinte sonore d’un lieu fait partie intégrante de la qualité de vie des hommes. L’immobilier, secteur à forts enjeux, est donc un des leviers pour tout changer.

Le baromètre QUALITEL, réalisée en 2017, place la problématique de l’acoustique parmi les trois principales « plaies » du logement des français. A Paris, deuxième ville la plus bruyante d’Europe, il s’agit même de la principale source d’insatisfaction des habitants.

Outre la réglementation acoustique de 1999 pour les logements neufs, dont les exigences représentent le strict minimum à atteindre pour rendre un logement propre à sa destination, les exigences réglementaires publiées en 2017 sont nécessaires pour les opérations de rénovation, mais ne concernent que la prise en compte de l’isolement contre les bruits extérieurs.

Quel accompagnement dans les projets de construction ou de rénovation ?

Face à une réglementation qui vise un minimum de confort acoustique mais pas l’absence de gêne, voici quelques conseils :

  • Le choix de la parcelle : réaliser un diagnostic acoustique environnemental in situ voire un diagnostic vibratoire en phase initial d’un projet permet une prise en compte du contexte sonore du site ainsi qu’une évaluation précise des enjeux acoustiques de la parcelle. Les enjeux sociétaux-économiques peuvent être ainsi anticipés, le permis de construire sécurisé et cela peut éviter bien des écueils en cas de prise de connaissance de ces sujets trop tardivement. En traitant le projet dès sa programmation, l’Acousticien accompagne promoteurs, foncières, architectes, et bureaux d’études vers des opérations à ambiance sonore maîtrisée. L’arrêté du 27 novembre 2012 relatif à l’attestation de prise en compte de la réglementation acoustique pour les logements neufs, nécessite de justifier le suivi d’une opération de logement de sa conception à sa réception en passant pas le suivi de chantier.
  • De même, pour toute rénovation énergétique, que le bâtiment soit, ou non, exposé au bruit, il est donc recommandé qu’une étude acoustique établisse les caractéristiques initiales intrinsèques du bâti, définisse les objectifs d’améliorations ainsi que les solutions techniques à mettre en œuvre pour y parvenir. Les objectifs acoustiques pouvant être gradués en fonction de la situation initiale, et en fonction de l’ampleur des travaux. Ainsi deux typologies de rénovation acoustique sont souvent rencontrées :
  • Les bâtiments exposés à des niveaux de bruit faibles ou modérés, où l’insonorisation vis-à-vis des bruits extérieurs n’est pas indispensable, et qui par nature nécessitent une attention particulière concernant l’isolement acoustique intérieur entre locaux ;
  • Les bâtiments exposés à des bruits élevés en façade, qui doivent être isolés des bruits extérieurs (réglementation de 2017) en priorité sans oublier de porter une attention sur l’isolement entre locaux, susceptible d’occasionner des émergences plus significatives qu’auparavant, synonyme de gêne avérée.

Au-delà du contexte sanitaire actuel, la prise en compte du confort acoustique reste sur les devants de la scène et nous amène à considérer avec plus d’attention les espaces sonores, réponse à bien des enjeux actuels et futurs auxquels nous devons faire face. L’objectif étant d’agir, ensemble, dans le sens de la requalification urbaine, de la restauration d’espace compatible avec la transition vers une empreinte saine en termes d’écologie, de carbone et d’ambiance sonore. Cela pousse ainsi les différentes disciplines à travailler ensemble. C’est le cas à Sinteo depuis une dizaine d’année où la pluridisciplinarité permet une intégration des sujets acoustiques le plus en amont possible des phases d’études. On y développe les méthodes, accompagnons et sensibilisons nos clients dans leur mise en œuvre.

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